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Marina Abramovic

Née en 1946 à Belgrade (ex-YU)
Vit et travaille à NY (US)


Thomas Lips (The Star)

1975-1993
Vidéo, couleur, sonore
Durée : 1'13''
Acquisition: 1999


C’est dans la Yougoslavie communiste des années 1970 que Marina Abramovic a amorcé son spectaculaire travail d’art corporel, consistant notamment à défier les limites de son corps en le soumettant à diverses épreuves physiques et psychologiques. Élaborant au fil de ses nombreuses performances une généreuse et émouvante typologie des possibles mises en scène du danger (parfois avec son ex-compagnon Ulay), elle énonce en actes une multitude de préoccupations liées au sujet contemporain, dans sa capacité de résistance au sein d’un jeu social, politique ou sexuel aliénant. Ce faisant, les enjeux et les formes du travail ne cessent de jouer sur des ambivalences essentielles : immanence et transcendance, rationalisme et ésotérisme, nature et culture, physique et métaphysique.
Dans Rhythm 10, par exemple, réactivant une performance éponyme de 1973, Abramovic joue à planter de plus en plus rapidement un couteau entre ses doigts.
Régressif et morbide divertissement, certes, mais surtout emblématique représentation d’une humanité simultanément bourreau et victime d’elle-même. Une tension schizophrénique exacerbée ici par l’obsédante ponctuation sonore de la lame frappant le bois, qui brise le silence de la concentration et du suspens partagés. Dans Thomas Lips (The Star), extrait d’une performance de 1975, l’artiste dessine sur son ventre une étoile à la lame de rasoir.
Un geste, aux références politiques et chamaniques, qui relève d’une expressivité primale. Le corps – dernière frontière de la dépossession individuelle – comme territoire d’une inscription ultime renvoyant paradoxalement aux origines de l’écriture, et donc de l’art. Basique tracé à la « sanguine ». Par un puissant effet de levier dramatique, la stricte économie de ces gestes radicaux éprouve de manière saisissante les limites du langage, mais aussi la responsabilité de notre regard passif sur la violence.

Guillaume Désanges